Société

Si Facebook n'existait pas

Pouce bas

Si j'étais pas née à cette époque, je rêverais d'avoir les réseaux sociaux.

Sur Facebook, je pourrais ajouter des gens que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, stalker des mecs bg, des acteurs à succès et des stars du net à plus de 10K qui font des petits partenariats sponsorisés. J'aurais 384 amis pour pallier ceux que je compte sur les touches de mon clavier. En cas de galère, j'aurais pas d'aide c'est vrai mais 14 likes et réactions pour afficher une certaine solidarité. J'aurais une liste de contacts variée : ceux qui ne m'ont jamais aimée, ceux qui ne m'ont jamais rencontrée, ceux qui m'ont aimée pour de faux ou laissée tombée et ceux qui m'aiment pour de vrai mais pèsent peu dans le pourcentage de ce que Zuckerberg appelle l'amitié. Je suivrais des gens que je ne like pas pour faire comme tout le monde, sans jamais afficher aucune réaction, me plaignant de leurs posts à la c*n, sans toutefois arrêter de consulter les statuts pleins d'émojis illustrant leurs vies, prétendument bien remplies. Avec ça, j'aurais de quoi alimenter les discussions à midi.

Je suivrais la vie de mes ex, quand bien même on ne serait plus en contact depuis des années, vous savez, juste pour garder un œil sur le passé et voir qui a fini par me remplacer. Je ne prendrais jamais de nouvelles non, mais je voudrais savoir s'ils ont mieux réussi que moi, s'ils se sont encore mis dans de beaux draps, ou, confirmer qu’ils n’étaient pas assez bien pour moi.

Je me mêlerais des histoires des autres, à commencer par leurs stories Insta, oui je parle bien de celles des gens que je n’aime pas plus que ça. J’aurais l’occas‘ de faire une petite veille concurrentielle et de regarder un nouveau format de TV réalité, pourquoi se priver quand on a droit à un petit show sans rien payer ? Je serais friande d'informations croustillantes et me nourrirais de la vie des autres, jusqu'à en oublier la mienne. Il est vrai que je vivrais par procuration, et qu'en soi je ne vivrais pas grand chose à ma façon. Mais au fond, je serais juste conne-ctée. Toutes les heures, je serais sur le qui-vive et ne cesserais de checker les notifs sur mon téléphone. Y a pas d’urgence je sais, mais j’appartiendrais à la société de l’instantané. Dans laquelle, si quelqu’un te met un « vu » sans répondre, pff je peux même pas définir la catégorie dans laquelle le placer !

Sur Twitter, j'irais subtilement déferler ma haine et révéler la noirceur de mon âme dans des tweets assaillants et sombres, parce qu'empreints d'humour noir. Hé, faut rire de tout quand même, prenez pas la mouche, je dé-conne.

Sur Linked In, je serais « en relation » avec tous les gros poissons, qui in real life ou par mailbox refuseraient catégoriquement la totalité de mes CV. Mais n'empêche que j'aurais un gros carnet d'adresses, et ça vous savez, ça pèse dans le métier. Dans ma boite, quand on aurait une nouvelle recrue, j'irais stalker son profil pour savoir si elle est compétente, et jauger au nombre de ses recommandations si c'est une bosseuse ou si elle vient du piston. 

Avec toutes les vues générées sur mes réseaux sociaux, je me sentirais regardée, comme quand on est chez soi, le rideau pas bien tiré, et que le voisin d’en face est posté à sa fenêtre, en train de fantasmer, ou de commérer. Je sais pas trop. Un peu des deux. Mais la notoriété c’est ce à quoi j’aurais toujours aspiré. Parce que l'anonymat, la confidentialité et l’intimité seraient des concepts du temps de mes grands-parents, soooo désuets.

Je verrais mon mec et ceux de mes copines, ou collègues ou ennemies (bref, mes contacts quoi), ah et mon boss aussi, mettre des J'adore sur les PP des petites poulettes en Wonderbra et suivre les essayages de bikini et autres transformations physiques postées en deux pièces, une, ou 0 selon le profil. Non pas qu'ils ne le faisaient pas intérieurement avant, mais aujourd'hui tout ça serait sans gêne et démocratisé. Liker c'est pas tromper non ? On est tous des êtres humains. Une fille en sous-vêtement ça n'a jamais tué personne, et puis de toute façon c'est comme aller à la plage pas vrai ? J’en profiterais moi aussi pour essayer quelques ensembles Victoria's Secret sur la toile afin de récolter des avis (et des likes). C’est important d’assumer son corps, et pour ça vous savez, les communautés online c’est la clé. Pourquoi s’autocritiquer quand on a mille abonnés prêts à vous aduler ? A mon avis, on serait tous plus décomplexés si on commençait par se voir à poil avant de se rencontrer, un peu comme ils font à la télé.

Le point positif, c’est que je suivrais la vie de mes collègues, comme ça en plus de les voir huit heures, cinq jours sur sept, je pourrais aussi les voir depuis mon lit, en cuisinant, en me baladant, en décompressant, en fait, on ne se quitterait jamais vraiment. On serait connectés, ah ça oui, totalement. D’ailleurs, plutôt que de raconter mon weekend à mes potes autour d’un café, je ferais un petit post avec deux trois photos qui feraient office de résumé. Hashtag flemme. D’avoir une convers avec plus de 140 mots ! Euh caractères. Mais attention, à la première dispute avec un ami, je peux vous dire que celui-ci serait delete-é, oui totalement blacklisté. Out from Facebook, Snap et Insta, j’officialiserais clairement la fin de notre amitié. Et puis, je retirerais tous les likes que j’aurais précédemment attribué, non mais sérieux faut pas rêver. Quant à mon code de parrainage, ça aussi il pourrait l'oublier.

Niveau break news, je verrais des gens en vacs (toute l’année ?), qui se marient, en sortie, chez mamie, en famille, en jogging, au restau… De l’info, de la vraie, je serais à 100% et de tout informée. Je pense même que les RS feraient de moi quelqu'un de plus instruit, parce qu'avec les fan pages qui pullulent, je me perfectionnerais pas mal, notamment en sport, politique, cuisine et géographie.

Peut-être que je tomberais dans le voyeurisme, que je me comparerais sans cesse à des images filtrées, que je perdrais un peu - ou beaucoup - de ce que j’étais, à force de passer mon temps à contempler sans vivre ma propre journée. Peut-être que j’aurais un sentiment de solitude amplifié. Mais ne serait-ce pas la faute de ma société, qui petit à petit me perdrait entre virtuel et réalité ? En me martelant que l'herbe est plus verte sur la page suggérée, ne finirait-elle pas par me transformer moi aussi en mouton ultra connecté ?

Dans le fond, je ne sais pas de qui je me moquerais le plus, de la vie des autres ou de la mienne ? 

 

Facebook

Le voyage, ce mal de notre époque

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Génération #TravelLover, je vous annonce que le nouvel eldorado ne se trouve plus via Facebook mais par Skyscanner. On ne rêve plus d'un week-end en Normandie mais d'avoir déjà parcouru les 2/3 de l'Asie. D'ailleurs, si ça vous dit, n'oubliez pas de suivre mes excursions dans mon InstaStory.

Alors que mes grands parents travaillaient à la chaîne pour acheter une maison, aujourd'hui je vendrais père et mère pour acheter un billet d'avion. Ce qui ne serait pas raisonnable puisque les lowcost ont ouvert la voie des billets qui n'ont même plus besoin de promotions.

 

Après trois mois chez Decathlon, si vous cherchez mon copain Thomas, bachelier-plus-cinq-années, allez checker sur le dos des éléphants exploités à Koh Chang ou dans une auberge au sud de la Corée. Quand les parents de son meilleur ami, tout juste retraités, peuvent se payer le voyage de leur vie à Punta Cana, leur petit protégé est déjà passé par les States, Manille, Chom Phon, Shangaï et revient tout juste du Brésil chiller deux mois à Biarritz, avant de partir faire son VIE à Barcelona.

A ce sujet, un petit conseil, si vous signez dans une Business School nec plus ultra, pour la licence vous pourrez choisir entre Mexico ou LA, en M1, peut-être un petit tour à NYC ou California et pour le M2, no problem vous aurez le choix. Well, si vous n'avez pas quitté votre pays avant 18 ans, vous serez bientôt catégorisé absolutely not aventurier je suis au regret de vous l'annoncer. Eh oui, car si vous n'êtes pas encore partis aujourd'hui, vous avez quasi raté votre vie avec cette pression sociale du chéri je n'ai pas raté mon Airbus et autres compagnies.

Indeed, vous remarquerez que j'en profite pour glisser quelques mots d'anglais car j'ai ajouté cette compétence sur mon CV après être partie six mois à Dublin, boire de la Guinness du soir au petit déjeuner.

 

Alors qu'avant il fallait se faire pistonner pour trouver un stage à Paris (ok c'est toujours d'actualité), maintenant si t'as pas fait ton stage à l'étranger, ton expérience ne vaut même pas la peine. Civiweb est devenu le nouveau pôle emploi de la sphère urbaine. Plus besoin des sites de plan Q (je me réfère à la lettre), Tinder et autres applis phares sont remplacées par onsenvol.fr ou comment "s'envoyer en l'air" via Air China avec un jeune diplômé, trop déterminé pour commencer à travailler. Pardonnez-le c'est son Erasmus qui l'a mis sur la voie de la vie d'expat et de la recherche de la liberté.

Si vous faites partie de ma génération, vous vous retrouverez à partir en destination lune de miel avec un boyfriend de moins de 2 ans d'ancienneté, que vous aimerez le temps de 3 randonnées et de 8 thés glacés. Quand ce voyageur aura trouvé la paix intérieure à travers le riz cantonnais, il vous dira hasta la vista pour aller mater les Bouddha les plus perchés des temples chinois. Et puis dans une auberge de paresse vous rencontrerez Catherine aka Kataryna, qui se sera baignée dans un volcan avant de partir au Cambodge avec un sac-à-dos et un allemand, aura fumé des joints au Sziget et s'envolera pour aller cracher dans les chutes du Niagara.

Sachez que nous sommes à une ère où les vieux riches américains (et autres nationalités) ne trouvent plus d'endroit désert où se faire masser (on va dire masser) incognitos par des midinet(te)s thaïlandais(es). Les stations balnéaires sont quasi délaissées pour faire un remake à la Pékin Express de "J'irai dormir chez vous", dans des maisons d'hôtes aussi authentiques que les portes-clés Tour Eiffel vendus 3,50€ au Trocadéro.
 

Mon nouveau rêve : trouver un partenaire de voyage photogénique affublé de son sac à dos The North Face (car n'est pas backpacker qui veut) et de sa go pro, m'acheter un Doflamingo et prendre des photos de nous en bikini à Kho Phi Phi, en Colombie, dans un hamac aux Seychelles ou admirant les lacs de Pennsylvanie. Ensuite, nous vendrons nos corps et nos esprits à des agences de voyages, à des petits shops de massage et des résidences de passage, recherchant la travel égérie des temps modernes. Bronzage toute l'année, ne vous inquiétez pas, je n'aurais jamais le teint terne.

Je posterais des photos de moi, moi, moi et le paysage pendant que vous serez coincés dans le RER B hiver comme été. Je ne connaîtrais pas l'hiver, parce que c'est une saison qui n'est pas universelle. Aucun moyen d'hiberner, pour moi ananas, palmiers et cocos à volonté. Mon Instagram sera mille fois plus vendeur que Club qui déjà ?
 

Une seule question ? Qui n'a pas encore pris une année sabbatique pour partir un an en Australie, se baigner dans le lac le plus rose bonbon du continent et high-fiver des kangourous ?
 

Ne mentez pas.

 

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Blog

Quand je serai grande, je deviendrai youtublogueuse (part 2)

Je vous l'ai dit, j'ai toujours rêvé d'être youtublogueuse. Ma vie ce serait racontetalife.com : ce que je mange, où je le mange, là où je vais, là où je ne vais pas, ce que je ne sais pas, ce que je dis, ce que je vis, quand je m'ennuie. Un simple weekend chez tante Alberte deviendrait un must go. Une balade dans les rues de Paris deviendrait aussi prisée qu'un défilé de Cannes. Oui, je ferais le même cinéma.

Vous connaîtriez la marque de mes petites culottes et le nombre de trous dans mes chaussettes, combien de fois par jour je sors mon chien, prends un selfie avec mon chat et si c'est en tongs ou en adicolor. Mon job : prendre des photos de ma vie avec mon smartphone, instagramiser le tout avec un filtre digne d'une retouche Photoshop premier prix, et vous vendre ça en boîte comme si j'avais inventé le minitel.

En vrai j'avoue que j’aurais pas la peau aussi nette, pas la voix aussi sex’ et je marcherais max 10 minutes avec les talons infâmes qui vous feraient baver sur mon latergram. Mais ma vie ce serait de vous vendre un décor et des dessous à vous faire m'idolatrer.

Je posterais des photos cute de mon mec branchouille, réal ou dans la com, la photo, le cinoche, les foodtrucks. Sans barbe parce que c'est so 2016 et so backpacker. Nos petits restau deviendraient des scènes dignes de films Hollywoodiens, tout comme toutes les fois où il snapchaterait notre Deauvillais formule 1.

Ma vie privée serait publique, je ne cacherais pas que je n'ai jamais été pudique, au fond qu'est-ce qu'un sein, une fesse, un percing-là-où-tu-savais-même-pas-que-c’était-possible, quand je verrais mon compte dépasser les 10 000 K (occas’ pour lancer un jeu-concours by the way les loulous).

Je serais partenairisée pour voyager, m'exhiber, tester des produits révolutionnaires et donner un écho à la vitrine de mon existence en plexisuperficialité. Plus besoin du téléachat mes abonnés, votre ménagère aurait rajeuni de 25 ans et serait beaucoup moins vulgos que Nabi qui déjà ?

Mes mignonneries, ma team, mes lapinous, mes bg, oui vous les moches sans personnalité, je vous aimerais mais pas plus que moi-même sinon je n'aurais plus assez d'inspi pour que l'on m'aime.

Comme les 45 millièmes autres influents j'aurais des shoes gratos Adidas, des blush l’Oréal et si je pousse les followers un peu plus loin, peut-être une invit chez Hanouna, dieu suprême de ma génération, avec ses chroniqueurs rigolols.

Chez Ruquier, j'aurais peur de dire une ou deux bêtises, qu'on me parle d'un livre, qui ne soit pas de Marc Lévy, et puis à cette heure-là je serais en soirée de lancement produit coollab.

Imaginez qu’ensuite on me propose une émission de télé réalité, OMG, enfin je pourrais détronner la pionnière Hilton, car non ce n'était pas Kardashian, ou bien être aussi fraîche que Loana quand elle était jeune, mais avec un peu plus d’highlighter.

Allez bisous mes fans.

Questions existentiELLES

Et les femmes

2017. 21e Siècle, Paris, capitale de la France, pays riche, pays développé, pays évolué. Numérique, machines, technologie, RSE, bio, hype. Facebook, Tinder, le métro, Uber, la réalité virtuelle, l’Iphone 8, la pilule, les autoroutes, le cinéma, les lunettes Google. Pays développé, again. Et pourtant. On envoie des hommes sur la lune, mais on a toujours la vision de la petite ménagère de 50 ans, frigide en tablier pour passer le plumeau Monsieur Propre en 3D, pendant que chéri roule en BM et va se taper des péripatéticiennes à la pause café. Non, il faut concéder que cette image a évolué. Maintenant le petit mec d’HEC est casé avec la nénette de Skema, il part faire son VIE parce que c’est exotique, pendant qu’elle part faire son stage ou garder des enfants pour travailler son anglais, italien, hongrois, au choix ou tous en même temps. Tout ça et le reste jusqu’à ce qu’ils fassent un ou deux bambins, achètent une maison en province, qu’elle abandonne son job, essaye de se dékyloser au fil des promenades au parc et que la boucle soit bouclée. Mais au final, pourquoi ?

 

- Pourquoi sur 80 familles de métiers, les femmes sont concentrées à 50% dans seulement 10 secteurs. Par manque de compétences, d’ambition ou parce qu’elles sont trop occupées à lire Closer toute la journée, après s’être faites peloter 2-3 fois dans le métro ?

- Pourquoi les femmes sont peu nombreuses à rejoindre des filières telles que la finance ou la mécanique alors qu’elles ont les mêmes compétences que les hommes, si ce n’est plus ? Ce serait con qu’elles soient en train de passer une commande Zalando au moment de surveiller le cours de la bourse ?

- Pourquoi en Inde, ½  développeur est une femme alors qu’en France « zéro kilos, zéro défauts », zéro QI ? Comme quoi ils ont du mal avec la couche d’ozone mais leur esprit est moins une déchetterie que le nôtre.

- Pourquoi dans l’inconscient collectif, il est encore difficile de faire appel à une femme pour réparer son ordinateur. Des fois que le string Victoria’s Secret soit plus effrayant que la raie du plombier ?

- Pourquoi seulement 7% de femmes à l’Ecole 42 ? Ok on a cassé le réseau d’opérateurs ? Mais maintenant faudrait peut-être casser un peu plus les couilles des mecs, non ?

- Pourquoi plus de femmes que d’hommes dans l’armée de l’air ? Ne nous dites pas que pour s’envoyer en l’air, ils sont moins motivés !

- Pourquoi dans le foot, les femmes gagnent 1 dixième du plus bas salaire touché par les hommes ? Genre les crampons rose ont le même prix que du made in China ? Et puis pourquoi elles n’auraient pas l’argent pour se payer des gigolos comme Ribéry ?

- Pourquoi chez Radio Canada, il y a plus de femmes expertes que d’hommes à l’antenne ? Serait-ce l’aura de la femen Céline Dion ?

- Pourquoi en politique on appelle les femmes par leur prénom ? Avec Ségo on est intimes mais Pénélope demanderait un plus gros salaire s'il en était de même avec Fillon ?

- Pourquoi les politiciennes sont jugées sur leurs vêtements quand les politiciens sont jugés sur leurs comptes en banque ? Ce serait presque plus valorisant qu’on leur trouve des comptes en Suisse, même si c’est pour du shopping.

Si 2% de femmes portent de noms de rues, c’est peut-être parce que leurs prénoms sont trop indécents ? Tout comme être une femme en 2017. C’est indécent de mettre tous les jours des robes ou des pantalons, de faire du 90A ou du 95D, de parler ou de ne rien dire et de parler pour ne rien dire.

Les réponses ne sont pas si compliquées, on censure les femmes, on leur propose du rose parce que le bleu c’est pour les garçons et le jaune pour les cocus. On les incite à faire du fitness parce que le foot pourrait leur casser un ongle. Pourquoi iraient-elles faire de la fonderie alors qu’elles n’ont pas le mental de Simone Veil, pourquoi iraient-elles en finance côtoyer des petits banquiers mysogines même si elles pigent les chiffres autant qu’eux ? Pourquoi, alors que leur mère, leur père, l’oncle de la sœur de la tante du beau-frère, Jouet Club, Airbnb et Trump n’y croient pas ? Bien qu’elles ne manquent ni de QI, ni d’ambition (alors oui certaines ont des lunettes et portent les cheveux longs), elles manquent surtout de soutien, d’information et d'une société avec de l’éducation.

Enfin bref, si on se fait violer, c’est parce qu’on porte des jupes de salopes hein ?

Immersion dans le luxe

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J'arrivai telle une princesse, sortie de la bulle du pays des fées. Talons compensés, proprement peignée, blazer de circonstance. Au top de ma forme, j'avais sorti l'attirail discret qui devait faire de moi la plus classe des étudiantes convenables.
Pour moi, l'acronyme d'une maison de luxe équivalait à une opportunité impossible à refuser.
Mon CV, mes yeux, mes potes, mon passé, tout le monde en prendrait, quoiqu'il arrive, plein la vue.
Impatiente et déterminée, je m'attelai au mieux à être la plus mignonne et accueillante des hôtesses d'accueil.
Moi qui me voyais d'ici quelques jours, semaines, un mois tout au plus, devenir mannequin, rédactrice en chef ou encore conceptrice-redactrice dans le service prestigieux d'une maison prestigieuse, quelle ne fût pas ma surprise lorsque je compris que je ne représentais rien face à tous ces gens de la haute.
Je n'étais qu'une vulgaire hôtesse bac+4, absolument pas fille de, ni blonde aux yeux bleus et encore moins brune sculpturale.
J'étais humaine tout simplement, j'étais normale à la Hollande, sans l'option luxe too much qui fait de vous une espèce reconnue au sein des groupes leader sur le marché, classés dans le top 10 par Forbes tous les ans.
Mon compte en banque ne représentait même pas 1% de leur salaire hebdomadaire.
J'avais un statut assez noble pour me faire draguer par la maintenance ou la sécu mais certainement pas par les bodyguards du PDG et encore moins par le personnel du comité exécutif.
Mais c'était assez drôle. D'observer comment on fait des ronds de jambe à ceux qui ont un costume à 2 000. Ça en chorégraphie, je suis devenue calée. C'était poli de sourire à tout va, rigolo de dire bonjour à des gens qui font comme si personne n'avait parlé. Mes collaborateurs et moi, on jouait souvent au jeu du silence finalement. Face à des collègues qui ont un salaire à 6 chiffres, vous ne pouvez pas dédaigner et encore moins vous plaindre.
C'était intéressant de constater que la richesse représente peu de chose, mais finalement beaucoup. Je veux bien croire que l'argent ne fait pas le bonheur à en voir la tronche que tiraient tous les hommes d'affaires.
Niveau relations humaines, élitisme, séparation des classes, on en apprend beaucoup.
Les gens qu'on voit à la téloche et dans les magazines sont beaucoup moins beaux en vrai je dois dire. (Et beaucoup moins sympathiques).
Bref, pour le piston, on repassera. Mais less is more comme on dit là-bas.

Offre d'emploi

Fond emploi

Je recherche un stagiaire qualifié. Homme, femme, qu’importe, tant que vous prouvez votre disponibilité et votre adaptabilité.

Compétences professionnelles requises : diplômé bac + 5 HEC pour effectuer des tâches à haute responsabilité tels l’archivage de la paperasse et la rédaction de compte-rendu de réunions. Ainsi vous aurez quelque chose à noter sur votre rapport de stage et pourrez compléter les copier-coller qui  présentent la société (3/4 des pages).

Qualités attendues : une personne responsable sur qui l’on rejettera la faute en cas de pépin. Cela vous permettra d’acquérir la notoriété (haute renommée) du stagiaire de BFM TV, modèle suprême de crédibilité.

Modestie et humilité sont de rigueur car vous ne serez jamais complimenté. Au risque de prendre la grosse tête ou de vous sentir trop valorisé et puis cela pourrait développer votre confiance en vous, favoriser votre prise d’autonomie et vous rendre ingérable et compétent.

Rémunération et horaires : vous serez rémunéré à 508 euros maximum histoire que vous puissiez diviser ce haut salaire en passe-Navigo, plats préparés Picard bourrés de colorants et matière organique non identifiée, absolument pas rassasiants faut-il le préciser ?

En ce qui concerne vos heures de travail : de 9h à 19h pour les petites journées car les 7h règlementaires sont moins productives que des demi-journées et ce n’est pas comme ça que vous aurez de l’expérience sur le marché. De plus, vous faire commencer trop tard ou rentrer trop tôt pourrait vous permettre d’avoir une vie sociale ou une vie tout court, ce qui n’a aucune utilité si ce n’est d’éviter le burnout, syndrome exagéré.

Envoyez vos candidatures à exploitation tiret pdg point fdp

Marginalité 3D

Un peu plus tôt ce matin, j’ai croisé une femme singulière en allant travailler. Depuis, je n’ai cessé de ressasser ce souvenir gênant et assez troublant qui contraste avec ma petite vie aisée, toute propre et très ordonnée. Aussi je me suis interrogée sur l’origine de cette histoire qui d’une manière générale rendait cette femme totalement à part.

Elle avait l’air différente. Son regard, comme tant d’autres me direz-vous, était, semble-t-il, perdu. Perdu et pourtant saisissant, bien qu’en elle je ne pus déceler aucun sentiment. Elle transportait avec elle la résignation et dans un immense bagage, une incommensurable part de désespoir. Retranchée dans cette longue allée, son ombre la plongeait au plus près de la réalité et en même temps elle n’était que mystère et distance face à tous les passants pressés.

Je me suis demandée d’où elle venait et où elle espérait aller. Si elle avait pu être comblée par le passé ou si au contraire elle avait passé la majeure partie de sa vie à pleurer. Je me suis interrogée sur ce qu’elle pouvait bien contempler à travers ses yeux qui n’exprimaient rien et à qui ou à quoi ses pensées étaient-elles destinées ? Croyait-elle qu’on l’avait oubliée, n’avait-elle plus personne à qui parler ? Qui était donc là pour se soucier ? Avait-elle des rêves et des espoirs ? Un compte Instagram pour raconter quelques histoires ?

Cette femme ne respectait en rien les standards de la beauté, elle ne faisait pas une taille 0 et son style était outrancier. Les vêtements qu’elle portait n’étaient pas assortis, peut-être même pas repassés, tout en elle avait l’air éparpillé. Ses cheveux ébouriffés n’étaient absolument pas soignés et ses ongles vraiment loin d’être manucurés. 

Peut-être cette pose que j’avais capturé avec mes yeux indiscrets, de façon instantanée, résumait-elle sa vie ou du moins la représentait-elle telle qu’elle était aujourd’hui ? J’étais insolente et culottée de prendre la liberté d’imaginer tant de choses d’une femme que je n’avais croisée que furtivement et de qui je ne connaissais strictement rien. Mais étais-je vraiment dans le faux ou très proche de la réalité ?

Probablement que c’était une femme marginale, aucunement inscrite sur Twitter, une femme sans prétention mais qui possède le luxe de ne pas courir après les followers. Son style laissait présager qu’elle n’avait ni smartphone, ni connexion 4G. Comment pouvait-elle se permettre de vivre en dehors de la société ? D’où pouvait bien venir cet étrange personnage qui ne semblait pas avoir d’identité online, d’existence virale, fictive et même réelle. Si j’activais le wifi, pour sûr que je ne retrouverai ni son profil ni son existence dématérialisés, mais même dans un annuaire, je n’étais pas sûre de pouvoir l’identifier. Elle n’était pas comme nous, elle ne prenait pas d’autoportrait, ni même la peine de promouvoir un égocentrisme démesuré. Où était donc son espace 3D, son petit havre de paix customisé ?

Si elle était à part c’est bien parce qu’elle n’avait ni toit, ni intimité.

J’imagine que la plupart des internautes n’aurait pas mis de j’aime à ce que j’avais pu voir ce matin-là. Peut-être tout au plus une opération de crowfunding, un financement participatif pour se donner bonne conscience ?

Cette femme était une projection de la société, cruelle et sans pitié, qui laisse les gens exister sans avoir de vie connectée, dans l’impossibilité d’être reliés à un quelconque opérateur empreint de compassion ou de générosité. Ne pas posséder de connexion en 2015 ce n’est pas envisageable, c’est inimaginable. Et qu’en est-il de ne pas posséder de connexion vitale, à savoir un toit où se brancher ? Pour recharger les batteries d’un corps exténué. Plus que la connexion, cette femme avait perdu le cadre, le port USB du partage et l’échange.

Elle aurait pu être moi dans 30 ans, une mère, une sœur ou une cousine que je n’aurais jamais connu. Je ne sais ce qui l’avait poussée à croiser mon chemin, si elle avait commis le crime ou connu la malchance en accomplissant son destin. Néanmoins, cette vision d’une femme à la rue avait quelque chose de douloureux et de scandaleux qui provoquait colère et désarroi en moi. Sans que toutefois je ne changeai l’espace d’un instant ma trajectoire d’égoïste, de lâche dépossédée, reflet d’une société bien trop individualisée, qui laisse les femmes dormir toutes habillées dans des arrêts de bus glauques et abandonnés.

Nyfw

Société émoti-conne

Au risque de passer pour une vieille réac, la société de l'émôticone, je n'y adhère que moyennement. Oui, clairement, ça m'embête de ponctuer une phrase par un sourire alors que tout ce que je voulais c'était y mettre un point. Et entre nous, ne faites pas comme s'il n'y avait pas 500 interprétations possibles pour un smiley sourire : l'amour, l'hypocrisie, l'ennui, l'ironie, la fourberie, la perversion, la moquerie, le machiavélisme (tendance parano vous dites ?), la blague, la joie. Bref, ça fait déjà 10. Pour un simple message avec 30 significations possibles, on se retrouve avec le double d'interprétations, le triple d'ambiguité et le quadruple de confusion. Si, si.

Les smileys à gogo c'est la permission de sourire tout le temps ? Adieu la mauvaise humeur, le lunatisme, les plaintes et les coups de gueule ambulants ? Comment voulez-vous que la mode et les défilés ne fassent pas banqueroute ? ( Et même les français tiens.)

Le smiley, c'est la déshumanisation. Perso, je ne me suis jamais identifiée à ce BN puéril découpé en rondelles. Et puis c'est la régression. Franchement vos parents ou votre patron de 50 ans et plus qui vous en glissent un par-ci par-là ne perdent-ils pas en crédibilité ? Vous visualisez votre conjoint en colère vous mettre un smiley énervé ? Votre ex-petite copine larguée sauvagement perdre la once de dignité qui lui reste (si tant est qu'elle en ait eu une) pour vous envoyer un bonhomme triste ou pire encore, un broken heart ?

Et ces pauvres enfants dont les mains ont été amputées et rafistolées avec des tablettes, ces pauvres chatons qui n'ont jamais perçu la différence entre les verbes être et aîtres, ces bouts de chous qui ne peuvent pas aligner trois mots sans qu'on les pense atteints de dyslexie, vous les imaginez jouer au rébus toute la journée et faire des fautes de smileys ? Oui car :( ne s'écrit pas pareil que :'( et non ce n'est pas la même conjugaison. Puis bien sûr qu'il y a des irréguliers. M'enfin, dans quelle langue suce-t-on ?

Les smileys, c'est la fin d'un monde, le monde des visages, de l'exposition et du corps humain, adieu les duck faces et les selfies poitrine. Salut Kim Kardachiante, bonjour bonhomme Michelin (quelle déception quant au placement du silicone et à la proportion des formes :( )

C'est aussi le Smiley coeur, l'amour avec un grand A affiché partout et pour tout le monde. Pour le chien, la voisine, mamie alsacienne, la maîtresse de CE2, B2OBA, la-connasse-que-tu-peux-pas-blairer-mais-avec-qui-t'es-coincé(e). Impossible de déferler sa haine, d'avouer publiquement aux gens que non tu ne les aimes pas et que oui tu les méprises profondément. Pays de bisounours 3.0 nous voilà.

Bref, salut :)

Smilye

Un lundi comme les autres

Tout le monde se bouscule, brouhaha un peu partout. Plus de place dans les transports, on croirait une fête nationale. La working woman d'en face tire une tête d'enterrement. Le petit jeune avec ses écouteurs emmerde le monde, du haut de son mètre 55-Nike-Unkut. Les bus sont en retard. Le monde aussi. La sonnerie de tous les réveils réactivés fait un bruit monstre. On peut entendre pester les mioches et pleurer les moins mioches à des kilomètres. Les gens se plaignent. Les tartines avalées sur le pouce et le café dégueulasse sont de retour pour le plus grand plaisir de notre amie la nausée. La symphonie de l'hypocrisie au boulot est repartie de plus belle, pour un concert spectaculaire. Les questions existentielles reviennent. Et l'angoisse du temps qui passe, ou qui est passé. Aucun remède pour ce phénomène.

Quand à moi je souris, parce que j'étais déjà la semaine dernière, la semaine d'avant, la semaine encore avant et ainsi de suite. Les vacances scolaires n'ont pas d'emprise sur moi. Et la rentrée non plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Au boulot !

Parce que chômeur ne veut pas dire inactif et qu'à une étape de sa vie, n'importe qui peut se retrouver au chômage, par choix, par obligation, par contrainte. Un jeune en fin d'étude, une mère en fin de congé maternité, un cadre sup' fier et pompeux, toi, moi, elle, la boulangère d'en face (ah j'avoue qu'il y a moins de chance, sauf si sa boulangerie crame), ta grand-mère, la caissière du coin, ta connasse de boss, le journaliste de France Inter, le neuneu incompétent, le stagiaire de BFMTv à force de fautes, le mec qui a inventé le papier. La liste est longue.
Mais le chômage n'est pas un handicap, même s'il est handicapant.

Chomage

A tous les amis indélicats, les donneurs de leçons qui savent tout et proches qui veulent bien faire, voici 15 phrases à ne pas dire à un chômeur :

- Désolé(e) mais y en a qui bossent !

- Faut chercher pour trouver !

- Quand on cherche vraiment, on trouve !

- "Allééé là, faut se motiver" !

- Quel(le) fainéant(e) !

- Tu fais quoi de tes journées ?

- Alors ça avance les recherches ?

- Va quand même falloir que tu trouves quelque chose !

- Hé tu sais que chez Macdo ils recrutent ?

- Pourquoi tu t'achètes pas une nouvelle voiture ?

- T'as pris combien de semaines de vacances ?

- Et sinon, tu fais quoi dans la vie ?

- T'as qu'à pas être aussi exigeant(e) !

- J'ai toujours dit que ton secteur était bouché !

- En même temps quand on fait ce genre de formation, faut pas s'étonner.