Immersion dans le luxe

Le diable s habille en prada 02 1024x768

J'arrivai telle une princesse, sortie de la bulle du pays des fées. Talons compensés, proprement peignée, blazer de circonstance. Au top de ma forme, j'avais sorti l'attirail discret qui devait faire de moi la plus classe des étudiantes convenables.
Pour moi, l'acronyme d'une maison de luxe équivalait à une opportunité impossible à refuser.
Mon CV, mes yeux, mes potes, mon passé, tout le monde en prendrait, quoiqu'il arrive, plein la vue.
Impatiente et déterminée, je m'attelai au mieux à être la plus mignonne et accueillante des hôtesses d'accueil.
Moi qui me voyais d'ici quelques jours, semaines, un mois tout au plus, devenir mannequin, rédactrice en chef ou encore conceptrice-redactrice dans le service prestigieux d'une maison prestigieuse, quelle ne fût pas ma surprise lorsque je compris que je ne représentais rien face à tous ces gens de la haute.
Je n'étais qu'une vulgaire hôtesse bac+4, absolument pas fille de, ni blonde aux yeux bleus et encore moins brune sculpturale.
J'étais humaine tout simplement, j'étais normale à la Hollande, sans l'option luxe too much qui fait de vous une espèce reconnue au sein des groupes leader sur le marché, classés dans le top 10 par Forbes tous les ans.
Mon compte en banque ne représentait même pas 1% de leur salaire hebdomadaire.
J'avais un statut assez noble pour me faire draguer par la maintenance ou la sécu mais certainement pas par les bodyguards du PDG et encore moins par le personnel du comité exécutif.
Mais c'était assez drôle. D'observer comment on fait des ronds de jambe à ceux qui ont un costume à 2 000. Ça en chorégraphie, je suis devenue calée. C'était poli de sourire à tout va, rigolo de dire bonjour à des gens qui font comme si personne n'avait parlé. Mes collaborateurs et moi, on jouait souvent au jeu du silence finalement. Face à des collègues qui ont un salaire à 6 chiffres, vous ne pouvez pas dédaigner et encore moins vous plaindre.
C'était intéressant de constater que la richesse représente peu de chose, mais finalement beaucoup. Je veux bien croire que l'argent ne fait pas le bonheur à en voir la tronche que tiraient tous les hommes d'affaires.
Niveau relations humaines, élitisme, séparation des classes, on en apprend beaucoup.
Les gens qu'on voit à la téloche et dans les magazines sont beaucoup moins beaux en vrai je dois dire. (Et beaucoup moins sympathiques).
Bref, pour le piston, on repassera. Mais less is more comme on dit là-bas.

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